Jean-Pierre Cometti (1944 -2016)

Tout ce qui peut être en somme pensé, peut être clairement pensé. Tout ce qui se laisse exprimer, se laisse clairement exprimer.

Ludwig Wittgenstein, Tractatus logico-philosophicus /4. 116

Avignon le 05.01.2016

C’est avec une profonde tristesse que nous venons d’apprendre le décès brutal la nuit dernière de Jean-Pierre Cometti. La perte de notre ami affecte tous ceux qui ont eu la chance de le croiser, de recevoir son enseignement ou d’assister aux conférences qu’il avait données ces dernières années notamment à l’École Supérieure d’Art d’Avignon.

En ces circonstances, il nous importe de dire l’admiration et la dette que nous avons à son égard : un de ses livres doit prochainement paraître photo_JP_Comettichez Gallimard, sur l’analyse qu’il avait tirée de son expérience à l’École où il avait accepté de diriger la Recherche avant de catalyser un enseignement d’excellence dans le domaine de la conservation-restauration des biens culturels. Nous devons beaucoup à Jean-Pierre et au travail inlassable de réflexion critique, comme de clarification méthodologique et notionnelle qu’il a accompli au sein de l’École. Les étudiants et collègues qui l’ont côtoyé se souviendront de sa disponibilité humble, de la qualité de son d’écoute toujours bienveillante, de la puissance de ses analyses et de l’étendue de son savoir au service d’une pensée rigoureuse, ainsi que de son infini sens de l’humour.

Jean-Pierre avait auparavant dirigé l’enseignement de philosophie de l’université de Provence. Il était l’un des très grands philosophes spécialiste du pragmatisme et notamment de la pensée de John Dewey, l’un des plus importants philosophes de ce courant avec Charles S. Peirce et William James, dont Jean-Pierre avait fait traduire les œuvres en français. Il avait aussi traduit des ouvrages de Richard Rorty, Hilary Putnam, autres éminents représentants du pragmatisme et permis la publication et la diffusion de bien d’autres philosophes et écrivains importants (Robert Musil, Ludwig Wittgenstein, David Lewis, Nelson Goodman, etc.). Mais surtout, Jean-Pierre était lui-même un des piliers et des passeurs du pragmatisme.

Pédagogue sensible, attentif et exigeant, Jean-Pierre nous avait inspiré plusieurs projets autour notamment de la publication des travaux des élèves de Master, dont il disait apprécier la modestie autant que le sérieux, et qui ont atteint grâce à lui un niveau qu’on ne rencontre pas ailleurs. Nous sommes dévastés par la nouvelle de sa disparition et à l’idée que nous n’aurons plus l’occasion d’échanger avec lui alors que nous attendions tant d’éclaircissements de sa part. Par chance, l’œuvre ainsi que le souvenir qu’il laisse nous permettront encore longtemps d’apprendre et de nous inspirer, des paroles et des actes, de celui qui fut pour nous un collègue et qui demeurera un maître autant qu’un ami, aussi cher l’un que l’autre.

Pierre Lagrange, Marc Maire, Gaspard Salatko.

Jean-Pierre Cometti était professeur honoraire de philosophie à l’université de Provence (Aix-Marseille I). En 1989, il fonda la collection “Tiré à part” aux Éditions de l’Éclat dont il assurera la responsabilité jusqu’en 2009. Il y a publié des auteurs américains, ressortissants de la philosophie analytique, du pragmatisme et peu lus en France. On lui doit par ailleurs plusieurs ouvrages consacrés à Ludwig Wittgenstein, à Robert Musil, au pragmatisme américain et à des questions d’esthétique. Il avait aussi une activité de traducteur de l’anglais, de l’allemand et de l’italien, qui l’a conduit notamment à traduire en français John Dewey, Nelson Goodman, Robert Musil, Richard Rorty, Ludwig Wittgenstein, Hilary Putnam, David Lewis (De la pluralité des mondes, Éditions de L’Éclat, coll. “Tiré à part”, 2007 – en collaboration avec Marjorie Caveribère), Robert Brandom (L’Articulation des raisons. Introduction à l’inférentialisme, Éditions du Cerf, coll. “Passages”, 2009 – en collaboration avec Claudine Tiercelin). Il fut l’introducteur d’Aldo G. Gargani en France (L’Étonnement et le Hasard, Chemin de ronde/Éditions de L’Éclat, 1988). Son oeuvre compte : Robert Musil ou l’alternative romanesque, Presses universitaires de France, coll. “Perspectives critiques”, 1985 ; Philosopher avec Wittgenstein (Presses universitaires de France, coll. “l’Interrogation philosophique”, 1996 ; Farrago , 2001) ; L’Homme exact. Essai sur Robert Musil, Éditions du Seuil, coll. “Le Don des langues”, 1997 ; La Maison de Wittgenstein, Presses universitaires de France, coll. “Perspectives critiques”, 1998 ; L’Art sans qualités, Farrago, 1999 ; Questions d’esthétique, Presses universitaires de France, coll. “Premier Cycle”, 2000 (avec Jacques Morizot et Roger Pouivet) ; Art, modes d’emploi. Esquisses d’une philosophie de l’usage, La Lettre volée, 2001 ;Musil philosophe. L’utopie de l’essayisme, Éditions du Seuil, coll. “Le Don des langues”, 2002 ; Art, représentation, expression, Presses universitaires de France, coll. “Philosophies”, 2002 ; Wittgenstein et la philosophie de la psychologie, Presses universitaires de France, coll. “L’Interrogation philosophique”, 2004 ; Les Arts de masse en question (dir.), La Lettre volée, 2007, ainsi qu’une nouvelle édition deL’Homme sans qualités de Robert Musil, parue aux Éditions du Seuil (coll. “Le Don des langues”) en 2004. Dernières publications : La Force d’un malentendu. Essais sur l’art et la philosophie de l’art, Questions théoriques, coll. “Saggio Casino”, 2009, Qu’est-ce que le pragmatisme ?, Gallimard, coll. “Folio/Essais”, 2010, Qu’est-ce qu’une règle ?, Vrin, coll. “Chemins philosophiques, 2011 et Art et Facteurs d’art. Ontologies friables, Presses universitaires de Rennes, coll. “Æsthetica”, 2012. Jean-Pierre Cometti avait récemment traduit pour le compte des éditions Questions théoriques, le classique de Peter Bürger, Théorie de l’avant-garde (coll. “Saggio Casino”, 2013). Son dernier livre à paraître en février 2016 dans la collection “Essais” chez Gallimard viendra clore une intense oeuvre littéraire et philosophique. En ultime soutien à la formation de l’ESAA, Conserver / restaurer: l’oeuvre d’art à l’époque de sa préservation technique fait figure de testament philosophique de sa dernière expérience d’enseignement supérieur.

With a deep sadness, we have just knew the rough death last night of Jean-Pierre Cometti. The loss of our friend affects all those who had the opportunity  to receive his teaching or to attend the conferences which he had given these last years in particular to the Avignon’ High School of Art. In these circumstances, it is important for us to say the admiration and the debt which we have towards him: one of its books soon has to appear at the Gallimard publications, on the analysis which he had pulled of his experience to the School where he had agreed to manage the Research before catalysing an excellent teaching in the field of the conservation(-restoration) of cultural Heritage. We owe to Jean-Pierre and to the indefatigable work of critical reflection a lot, as of methodological and notional clarification that he (achieved within the School. The students and the colleagues who were went alongside to him will remember his humble availability, the quality of sound of always friendly listening, the power of its analyses and the extent of its knowledge in the service of a rigorous thought.

Jean-Pierre Cometti has taught philosophy and aesthetics at Université de Provence and at Avignon’ School for High Studies in Art. As director of « Collection Tiré-à-part », at Éditions de l’Éclat, he has translated and published works by many american authors on analytical philosophy and pragmatism. Amongst other works, he is also the author of L’homme exact (1997), La maison de Wittgenstein (1998), L’Art sans qualités (1999), Questions d’esthétique (2000, with J. Morizot et R. Pouivet), Art, modes d’emplois : Esquisses d’une philosophie de l’usage (2001), Musil philosophe (2002), Art, représentation, expression (2002), Wittgenstein et la philosophie de la psychologie (2004), and more recently La force d’un malentendu (2009). 2011 and Art et facteurs d’art. Ontologies friables, Presses universitaires de Rennes, coll. “Æsthetica”, on 2012. Jean-Pierre Cometti had recently translated for the editions  Questions théoriques, the classic of Peter Bürger, Theory of the Avant-garde (coll. “Saggio Casino”, on 2013). His last book to appear in February, 2016 in the collection “Essais” at Gallimard, will come to close plentiful one literary and philosophic work. In ultimate support for the training of the ESAA, Conserver / restaurer: l’oeuvre d’art à l’époque de sa préservation technique makes figure of will of its last experience of higher education. MM

 


OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Marc MAIRE (5 janvier 2016). Jean-Pierre Cometti (1944 -2016). Semin'R. Consulté le 17 juillet 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/tz7n


2 réflexions sur « Jean-Pierre Cometti (1944 -2016) »

  1. Je ne l’ai pas connu, mais j’ai lu beaucoup de ses livres. Chaque fois qu’il prenait la plume, il apportait toujours des éléments très pertinents et éclairants à la réflexion. Quelle tristesse que cette disparition !

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