L’exemple de l’Institut Neerlandais des Arts Médiatiques *
Dans la continuité d’une longue histoire et expérience attelée à la production et à la présentation de vidéos comme d’ installations de l’art contemporain depuis 1992, le Netherlands Media Art Institute (NIMk) réalise un programme de recherche sur la préservation et la documentation des arts médiatiques. Ceux-ci comprennent l’ art vidéo, les installations et l’art -performance. Le NIMk s’investit dans la recherche afin d’identifier et de comprendre qu’est ce qui doit être préservé. Il s’agit aussi de développer des méthodes nouvelles, des outils, un langage et des services pour répondre à cet enjeu. Fort de sa longue expérience, le NIMk qui est dépositaire de la principale collection des arts médiatiques aux Pays – Bas, réalise des projets nationaux pour préserver et présenter dès aujourd’hui mais aussi demain, le patrimoine des arts médiatiques néerlandais. Outre la préservation active, la recherche et la pratique, la préservation passive est également un point central du Netherlands Media Art Institute: l’effort, le stockage et l’ enregistrement des arts médiatiques. L’Institut, qui est aussi le dépôt national pour l’art vidéo, développe des modèles et des lignes directrices pour l’enregistrement des œuvres d’art médiatique, en étant une instance d’expertise à l’ échelle nationale et internationale sur le sujet. L’équipe de conservation de NIMk est également bien connue pour initier et participer à la recherche sur la base d’études de cas, de projets de recherche collaboratifs nationaux et de transfert des connaissances dans le domaine de la documentation de la préservation des arts médiatiques.
Les œuvres d’art médiatique sont souvent créées en un lieu, une plateforme et des occasions particulières de temps; c’est pourquoi elles font apparaître des vulnérabilités spécifiques en fonction des contextes et des technologies desquels elles dépendent. Les oeuvres d’art numérique contemporaines sont souvent dynamiques (contrairement aux oeuvres statiques), des produits finis à base d’ objets produits par l’industrie, ou comparables à des performances variables. Ces oeuvres d’ art peuvent être comprises comme des « événements artistiques ,” caractérisés par des processus génératifs pendant un temps changeant. Afin d’être en mesure de présenter ces travaux à l’avenir , il est fondamental de comprendre ce qu’il est important de préserver, et la façon de définir, de capter, et de transmettre le «noyau» de l’œuvre d’art. Inspiré par le Réseau des Médias Variables dans la préservation de l’ art médiatique, nous comprenons ce «noyau» ou l’«essence» d’une œuvre d’art médiatique de plus en plus en termes de ses comportements et des effets que ces comportements produisent, plutôt que par la nature matérielle de ses composants. Alors que la conservation des arts visuels s’attache surtout à des objets physiques, à la matérialité, aux notions d’authenticité et d’ originalité, la préservation de l’ art médiatique ne concerne pas principalement la manifestation physique, mais prend en compte de plus en plus les composants technologiques éphémères. En outre , l’état d’ origine «authentique» varie souvent considérablement selon comment on interprète le concept, ou bien sûr des différentes présentations d’un travail. Cette démarche remet en question la conception de la conservation des arts traditionnels, comme celles de l’authenticité et de l’ originalité afférentes aux oeuvres d’art.
Il est assez symptomatique de relever dans la réthorique de la préservation des arts médiatiques ou numériques, l’affirmation de la nouveauté et de la spécificité de problèmes soulevés par les oeuvres appartenant à ces catégories artistiques. Dans le texte ci-dessus traduit du néerlandais utilisé sur le site de l’institution, on affirme avec raison que les concepts d’authenticité et d’originalité qui vont en fait de pair, sont malmenés. Or il apparaît que la préservation de beaucoup de productions artistiques depuis les avant-garde et de l’art contemporain, sont sources de problèmes similaires. D’autre part, la question de l’authenticité et de l’originalité s’est déjà posée aussi et il y a fort longtemps, à propos d’artefacts issus d’autres cultures et qui ont été l’objet d’un processus d’artification, tels les masques africains “reconnus” comme des objets d’art par des artistes européens. En mobilisant des technologies de pointe qui se renouvellent rès vite à leurs œuvres, les artistes qui recourrent aux “nouveaux médias” dilatent et infirment sans cesse les catégories artistiques.
Définitions
- Le terme « média » s’applique à tout matériel de communication servant à transmettre et à stocker de l’information. En intégrant des technologies de pointe à leurs œuvres, les artistes ayant recours aux nouveaux médias redéfinissent constamment les catégories traditionnelles de l’art.
- « Art médiatique » réfère à toute œuvre d’art dont le fonctionnement recquiert une composante technologique. C’est une catégorie générique qui recense aujourd’hui l’art biotechnologique, l’art cinétique, le cyberart, l’art électronique, l’art informatique, l’art interactif, l’art multimédia, l’art numérique, l’Art du réseau, l’art robotique, l’art sonore, l’art spatial, l’art technologique, l’art vidéo, …
Glossaire (emprunté au site virtualmuseum )
- Analogique :
- Appareils audio et vidéo qui lisent des données de manière continue et linéaire. Les magnétoscopes, lecteurs de cassettes et platines tourne-disque en sont des exemples.
- Archiviste :
- Professionnel d’un musée chargé de rassembler, d’organiser et de conserver des documents historiques et du matériel de sources de première main sur des artistes et des œuvres d’art.
- Art conceptuel (États-Unis et Europe de l’Ouest, 1960) :
- Œuvres d’art basées sur une idée plutôt que sur l’objet. Les artistes conceptuels s’opposent à la chosification de l’art.
- Art de la performance (ou Art-performance) (années 1960) :
- Œuvres d’art qui consistent en des actions performées et chorégraphiées par un artiste dans un lieu et à un moment donné. Des artistes visuels, des poètes, des musiciens et des cinéastes peuvent prendre part à ces événements qui se produisent en direct.
- Art médiatique :
- Œuvres d’art dont le fonctionnement fait appel à la technologie. Par exemple, les disciplines artistiques pouvant se rattacher à cette catégorie comptent l’art vidéo, l’art cinétique, l’art informatique, l’art numérique, l’art électronique, l’art interactif, l’art multimédia, le cyberart, l’art en réseau, l’art biotechnologique, l’art robotique, l’art sonore, l’art technologique et l’art spatial.
- Art vidéo (années 1960) :
- Œuvres d’art qui consistent en du contenu vidéo.
- Bauhaus :
- École allemande d’art et de design (1919–1933) qui mettait l’accent sur le design fonctionnel en architecture et en arts appliqués.
- Carte mémoire flash :
- Dispositif de mise en mémoire et de transfert de données.
- Conservateur :
- Professionnel d’un musée qui explique la valeur esthétique et historique des œuvres d’art au moyen de recherches, d’expositions, de publications, de conférences et d’acquisitions.
- Conservation :
- Mesures prises pour conserver les composants d’une œuvre d’art, notamment la recherche, la documentation et le traitement du matériel. Le but est de prévenir la détérioration d’une œuvre d’art afin de pouvoir l’exposer à long terme.
- CRT (ou TRC) :
- Abréviation de tube à rayons cathodiques. Ce type de tubes est utilisé dans les téléviseurs pour afficher des images grâce à un rayon électronique.
- Dada (États-Unis et Europe, années 1920) :
- Groupe d’artistes faisant fi des conventions en culture et en esthétique dans leurs œuvres. Ils utilisaient des techniques comme le couper-coller, le collage, le photomontage et le « ready-made » en réaction à la Première Guerre mondiale et pour remettre en question la nature de l’art.
- Détérioration :
- Processus d’usure et de dégradation technologique qui peut se produire dans une œuvre d’art médiatique. Si on ne s’en soucie pas, l’œuvre peut cesser de fonctionner.
- Disques Blu-ray :
- Disque optique conçu pour le stockage de données. Les disques Blu-ray emmagasinent des images de haute définition et peuvent mettre en mémoire plus de données que les DVD (disques vidéonumériques).
- DOCAM :
- L’Alliance de recherche (documentation et conservation du patrimoine des arts médiatiques) vise à développer de nouveaux outils permettant de mieux documenter et conserver l’art médiatique par le truchement de diverses études, de groupes de recherche et de cours universitaires.
- Documentation :
- Recherche, collecte et organisation d’information concernant une œuvre d’art.
- DVD :
- Le DVD (Digital Versatile Disc) est un « disque numérique polyvalent ». En format vidéo, on l’appelle « vidéodisque numérique ». Ce disque est populaire pour mettre en mémoire et regarder des données vidéo. Le DVD a remplacé en grande partie la technologie VHS (video home system).
- Émulation :
- Stratégie de conservation qui consiste à imiter les aspects d’origine d’une œuvre d’art au moyen de technologies actuelles.
- Entreposage :
- Stratégie de conservation d’une œuvre d’art dans un environnement sûr, où la température, l’éclairage et l’humidité sont soigneusement contrôlés.
- Exposition :
- Présentation d’œuvres d’art dans un lieu donné (musée, galerie, café, etc.).
- Fluxus (États-Unis, Europe, Japon, années 1960) :
- Groupe international d’artistes, de musiciens et de concepteurs intéressés aux collaborations « intermédias ». Ces artistes rejettent ce qui est commercial et s’intéressent aux qualités interactives en art.
- Installation :
-
- Disposition d’une œuvre d’art dans un espace d’exposition;
- Œuvre d’art qui comprend du matériel sculptural et divers autres médias et qui influe sur l’expérience du spectateur de l’espace d’exposition.
- LCD :
- Abréviation de l’anglais « liquid crystal display » (affichage à cristaux liquides ou ACL). Il s’agit d’une technologie d’écran pour téléviseurs et ordinateurs qui fonctionne avec des pixels et une source lumineuse.
- Média :
- Dispositifs de communication utilisés pour transmettre et stocker de l’information.
- Migration :
- Stratégie de conservation qui consiste à remplacer de l’équipement et du matériel par une version plus récente.
- Minimalisme (années 1960) :
- Œuvres dont le contenu et la forme sont aussi simplifiés que possible. Les œuvres d’art minimaliste comprennent souvent des formes géométriques et du matériel industriel.
- Numérique :
- Un appareil numérique qui stocke, traite et transmet de l’information (audio, vidéo, etc) en morcelant les données en nombres (uns et zéros). Les disques durs, les CD (disques compacts) et les DVD (vidéodisques numériques) sont des exemples d’appareils numériques.
- Obsolescence technologique :
- Résultat d’une technologie devenue périmée et qu’on ne peut plus se procurer. L’obsolescence d’un aspect technologique d’une œuvre d’art médiatique ou son incompatibilité avec un nouveau logiciel peut la rendre complètement non fonctionnelle.
- Pixellisation :
- Effet visuel par lequel des pixels individuels (petits carrés de couleurs) sont visibles dans une image.
- Pop Art (États-Unis et Grande-Bretagne, années 1960) :
- Œuvres d’art inspirées par des éléments de la culture de masse populaire, comme la publicité.
- Rayon gamma :
- Type de rayonnement électromagnétique.
- Ré-interprétation :
- Stratégie de conservation qui suppose de re-créer une œuvre d’art en fonction de normes et de pratiques actuelles.
- VHS :
- Abréviation de l’anglais « video home system ». Ce format permet d’enregistrer et de regarder des données vidéo. Le format VHS a été remplacé en grande partie par la technologie du DVD (vidéodisque numérique).
- Zootrope :
- Dispositif qui crée une illusion de mouvement due à la rotation rapide d’images immobiles. Le zootrope a été inventé par le mathématicien britannique William Horner (1786 – 1837) en 1834.
Une formation française :
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Marc MAIRE (3 juillet 2016). A propos de la préservation des arts médiatiques (media art). Semin'R. Consulté le 18 juillet 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/tz9z