Découverte d’une “Judith et Holopherne” du XVII° s. : un Caravage retrouvé ? (épisode 2)

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Eric Turquin l’air triomphant devant Judith et Holopherne le 12 avril 2016 – cliché Patrick Kovarik © AFP.

Mise en lumière

Le tableau est enfin apparu lors de son exposition chez le célèbre expert Maître Turquin, Mardi 12 Avril 2016, après deux ans de maintien du secret de sa découverte. Chacun a pu constater un tableau en excellent état de conservation même s’il a été l’objet  d’un rentoilage de son support qui daterait du XIXème siècle.  Il se peut que ce fut une mesure de renfort plus préventive que curative, eu égard à la couture horizontale visible au tiers de la hauteur du tableau. Du reste, celle-ci mériterait d’être examinée avec attention, et comparée – précisément sa nature végétale, son armure et le point de couture – avec celle de la copie de Louis Finson conservée à Naples dans la Collection Intesa Sanpaol. 

Qualité picturale

Dans son ensemble, la picturalité est de très belle qualité même si elle présente des zones contrastées qui laissent dubitatif. Certaines parties – le drapé rouge, l’anatomie d’Holopherne dont ses mains bronzées contrastant avec la pâleur du reste de son corps – témoignent d’une grande virtuosité, quand d’autres apparaissent plus poussives. On peut penser notamment à des restaurations antérieures à la découverte du tableau. Ainsi la main droite de l’héroïne juive semble très repeinte. Ailleurs, le front ridé de la vieille servante Adda suggère une éxécution laborieuse et quelque peu systématique des stries. Un examen approfondi de clichés effectués sous rayonnement d’ultraviolets devrait permettre de mieux distinguer qu’en lumière du jour et circonscrire les zones retouchées. Hélas, pas moyen encore de tirer des conclusions définitives: il est des tableaux du Caravage qui montrent de telles différences de facture picturale, comme si le maître avait confié certaines zones aux soins encore peu assurés d’un assistant emprunté.

Quant à la partie maîtresse du tableau, le visage de Judith, on ne peut s’empêcher de penser à plusieurs suiveurs du Caravage, tel un des plus fameux, Bernardo Cavallino, et  … Louis Finson . Ce n’est pas l’avis de Nicola Spinoza, ancien directeur du Musée de Naples et spécialiste deu Caravage.

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L’expert français Stéphane Pinta, le cliché de la réflectographie infrarouge à la main. Cliché Patrick Kovarik © AFP.

D’autres experts consultés doivent encore formuler leur intime conviction avant trente mois, afin que le prix du tableau, déjà estimé au mieux à cent vingt millions d’euros, puisse être entériné , d’un rapport de un à cent selon qu’il est de la main du maître ou de l’un de ses imitateurs célèbres.

Questions troublantes

Il existe une Madeleine en extase de Louis Finson peinte avant 1613, selon la version du Caravage que celui-ci a réalisée à Naples en 1606. Or cette version a disparu à l’instar de sa Judith et Holopherne qui est peut-être réapparue à Toulouse. Les historiens de l’art ont remarqué la similitude des deux disparitions et ne manquent pas de s’interroger.

Pourquoi n’a-t-on pas encore entrepris ou fait valoir une étude matérielle comparative de cette oeuvre avec celles du Caravage et plus particulièrement de Louis Finson, par un ou des conservateur(s)-restaurateur(s) ?

 


OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Marc MAIRE (16 avril 2016). Découverte d’une “Judith et Holopherne” du XVII° s. : un Caravage retrouvé ? (épisode 2). Semin'R. Consulté le 18 juillet 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/tz92


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